Décès en détention à la Prison civile de Gorée de Oumar Blondin DIOP, une des figures de proue du mouvement étudiant sénégalais.

Oumar Blondin Diop  » se suicide  » en prison (version officielle des autorités)

Le bruit a couru durant tout le week-end, avant que  » Le Soleil  » ne s’en fasse l’écho, dans son édition du lundi 14 mai 1973, par la reprise d’un communiqué émanant de l’administration pénitentiaire. La pénible nouvelle : Oumar Blondin Diop a été retrouvé mort, le vendredi 11 novembre a deux heures du matin, dans sa cellule, a la prison centrale de Gorée ou il avait été interné depuis sa condamnation a trois ans de réclusion pour atteinte a la sureté de l’Etat, par un Tribunal Spécial, le 23 mars 1972. Selon la version officielle servie par la Commission de surveillance des prisons,  » le détenu Oumar Blondin Diop s’était donné la mort dans sa chambre, par pendaison « . Elle précise, telle que rapportée par le quotidien national, que  » l’autopsie pratiquée a la demande du pere du défunt a confirmé le certificat de genre de mort « .

Comme pour un remake de  » mai 68 « .

La version officielle sur la mort par suicide d’Oumar Blondin Diop n’a guere convaincu une bonne partie de l’opinion publique, surtout celle estudiantine qui penche plutôt pour la these de la liquidation physique d’un opposant politique rétif. La mort de Blondin Diop servira, de détonateur aux tensions qui couvaient déja, comme pour un remake de  » mai 68 « . L’agitation universitaire et scolaire va, en effet, reprendre de plus belle. Des émeutes éclatent a travers les principales arteres de Dakar et dans sa périphérie. Au Plateau, des magasins sont saccagés, et un véhicule incendié ; ailleurs les attaques sont dirigées contre les établissements scolaires, les feux de signalisation et les bus de la Sotrac dont une vingtaine sont endommagés, selon  » Le Soleil  » qui traite de l’événement dans son édition du mardi 15 mai 1973. Les forces de l’ordre reprendront la situation en main vers la fin de cette journée particulierement mouvementée, selon le constat du quotidien national.

Le gouvernement infirme les  » rumeurs « 

En sa qualité de ministre de l’information, porte-parole du gouvernement, le Dr Daouda Sow est obligé de monter au créneau pour infirmer les  » rumeurs  » courant sur la mort d’Oumar Blondin Diop pour certifier qu’il s’est  » pendu avec son drap de lit  » comme l’a confirmé l’autopsie faite par le Dr Cyprien Quenum, professeur a la Faculté de Médecine et Médecin-chef du Département d’Anatomie pathologique de l’hôpital Aristide Le Dantec. Ses conclusions sont reproduites en fac-similé dans le  » Soleil  » du mercredi 16 mai 1973.

Reprenant des informations contenues dans le texte justificatif du Dr Daouda Sow, également donné in extenso dans cette édition du 16 mai,  » Le Soleil  » rappelle qu’Oumar Blondin Diop, décédé a l’âge de 25 ans, avait été exclu, en 1969, de l’Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud et du territoire français, pour  » activités subversives « , aux côtés des gauchistes Daniel Cohn-Bendit et Alain Krivine. Le président Senghor avait, par la suite, obtenu sa réintégration a Normale Sup. Mais Blondin Diop quittera Paris, en septembre 1971, pour Bamako ou il sera arreté et extradé sur Dakar, accusé de vouloir  » organiser une expédition pour libérer, par la violence, son frere incarcéré parmi les incendiaires du Centre culturel français « . On connaît la triste suite.

PAR AMADOU FALL (11 mai 2008 )