La Commission nationale de réforme des institutions (Cnri), chargée de piloter la réflexion sur les changements devant à terme refonder la République du Sénégal, a finalement déposé, sur la table de Macky Sall, ses conclusions hier, jeudi 13 février 2014. Près d’un mois et demi après la date arrêtée pour la présentation de leur rapport devant le chef de l’Etat, le Pr Amadou Makhtar Mbow et cie se sacrifient enfin à l’exercice, pour un document recensant quelque 154 articles et surtout censé régler des questions de forte actualité, à l’instar de la… réduction envisagée du mandat présidentiel, voire du cumul des mandats.
Le Pr Amadou Makhtar Mbow, ancien Directeur général de l’Unesco, et la Commission nationale de réforme des Institutions (Cnri) dont il est le président ont finalement dégonflé hier, jeudi 13 février 2014, la bulle qui accompagnait la problématique des réformes institutionnelles engagées au Sénégal.

Près d’un mois et demi après la date initialement arrêtée pour le dépôt de leurs recommandations (31 décembre 2013), et après moult questionnements des acteurs politiques, de la société civile comme du citoyen lambda devant les lenteurs orchestrées pour la restitution de ses travaux, la commission en question a déposé son rapport sur la table de Macky Sall.

Accompagné des membres de la Cnri, le Pr Mbow a ainsi remis un document de 154 articles au chef de l’Etat, au cours d’une large audience tenue au palais de la République. Saluant l’initiative du Président Sall de mettre en place cette structure qui a réfléchi durant plusieurs mois sur les réformes nécessaires aux institutions sénégalaises, l’ancien président des Assises de l’opposition a affirmé que le document en question est « le reflet d’une consultation citoyenne sur ce que devait être la Constitution sénégalaise (…) pour faire émerger la commune vision de la Nation à travers une démarche démocratique et participative ».

Avec la présentation du rapport sur la réforme des institutions, les acteurs politiques et /ou civils qui mettaient en avant des « blocages» au sein de la Cnri avant d’exiger qu’Amadou Makhtar Mbow et cie édifient l’opinion publique sur l’état d’avancement de leurs travaux dont les conclusions devaient être déposées au plus tard en fin décembre 2013, se retrouvent du coup servis.

La seule question qui préoccupe les observateurs reste toutefois de savoir si les recommandations d’Amadou Makhtar Mbow et ses camarades de la Cnri prennent la mesure des grandes attentes citoyennes, politiques et surtout de l’heure, des Sénégalais (réduction du mandat présidentiel, non cumul des mandats, dissociation des charges de chef d’Etat et de chef de parti…).

Des questions somme toutes incontournables dans l’optique d’une véritable réforme destinée à renforcer qualitativement la démocratie sénégalaise, par l’instauration d’un certain nombre de dispositions constitutionnelles relatives à la Présidence, à l’Assemblée nationale, aux juridictions nationales, à la gouvernance démocratique, voire au statut de l’opposition et à la redéfinition du jeu politique.

Seulement, aux dernières nouvelles, une sorte d’omerta semble planer sur le rapport qui va être « ausculté » par Macky Sall. Un chef d’Etat surveillé comme du lait sur le feu, relativement à son engagement de réduction du mandat présidentiel de 07 à 05 ans et sur lequel la Commission nationale de réforme des institutions était vivement attendue.

Et cela, compte tenu de l’actualité du sujet, de ses implications sur le débat démocratique et de la forte pression qui semble s’exercer sur le Président, au niveau de son parti (Apr), pour l’amener à se rétracter sur son engagement de ne pas faire un mandat de sept ans.
CNRI : LE SOUCI DE REFONDER LA REPUBLIQUE

Créé par par le Président Macky Sall lui-même, initiateur de la concertation sur la refondation de l’Etat, au lendemain d’une douzaine d’années libérales de tripatouillage de la Constitution, la Cnri compte plusieurs membres dont Aminata Diaw Cissé (professeur de philosophie), Ndèye Marie Diédhiou (instructrice), Abdoulaye Bara Diop (ancien professeur de sociologie), Serigne Diop (professeur de droit), Me Sidiki Kaba (avocat), Cheikh Hamidou Kâne (écrivain et ancien ministre du Plan) et Maïmouna Ndongo Touré (magistrat à la retraite et ancienne ministre).

On y recense également Ahmadou Fadel Kane (ancien professeur de géographie), Amadou Moctar Mbacké (magistrat à la retraite), Saliou Mbaye (ancien directeur des archives nationales), Alyose Raymond Ndiaye (professeur de philosophie), Abdoul Mazide Ndiaye (économiste), Seydou Madani Sy (ancien recteur), Samba Traoré (professeur de droit) et Babacar Touré (journaliste).

La Commission nationale de concertation sur la réforme des Institutions a tenu sa première réunion, le samedi 16 mars 2013. C’était alors une « prise de contact » entre les membres de la Commission nationale qui avait duré plus de deux heures, sous la présidence du Pr Amadou Makhtar Mbow. Au terme de la rencontre, les principes de base du travail avaient été énoncés et adoptés.

Cette première rencontre était intervenue après la série de consultations qui avaient permis de constituer le panel de personnalités chargées de conduire la réflexion sur la réforme des institutions. La structure est composée, outre des membres de la Commission, dont deux rapporteurs, d’une plateforme technique, ainsi que d’experts susceptibles d’être associés à la réflexion. Elle s’était donné un délai d’un semestre pour présenter ses conclusions.

De ses conclusions, plusieurs questions relatives à la refondation du système étatique devraient trouver réponse. (Sud Quotidien).