Comme tous les ans, ou presque, le président Mamadou Dia publie ses « Cahiers de l’Alternance », ceux-ci portant sur la période allant de janvier 2005 à février 2007. Et c’est aujourd’hui que parait « L’Oeil du Patriarche – Cahiers 2005-2007 ». L’ouvrage, sous-titré « Les raisons du durcissement de mon engagement », comprend cette année un certain nombre de textes inédits parmi lesquels : « Sauver le Sénégal de l’Apocalypse ».
Il y prend fermement position contre le renouvellement du mandat de Wade. Dia y écrit : « Nul doute que ce peuple saura, le 25 février 2007, séparer le bon grain de l’ivraie, et reconnaître les faux opposants, ces crypto-opportunistes, ces loups revêtus de la peau de mouton. Les campagnes d’intoxication du Pouvoir n’y feront rien, qui tendent à vouloir faire croire que certains opposants patriotes, radicaux, ont voulu négocier des postes de pouvoir.
Et c’est le lieu de renouveler ici toute ma confiance en Moustapha Niasse, qui en a été faussement accusé, ainsi qu’aux patriotes sincères et fidèles qui l’entourent, tels qu’Amath Dansokho et ses camarades du Pit, Madior Diouf du Rnd, qui est resté fidèle à la pensée et à la rigueur matérielle et morale de Cheikh Anta Diop, notamment en étant l’un des seuls à démissionner de l’Assemblée nationale à la fin normale de la législature, Massène Niang du Msu que j’ai fondé, pour ne citer que ceux-là (…)
J’enjoins les Sénégalaises et les Sénégalais à rallier la cause de ces hommes, celle de ceux qui appellent à une alternance alternative, sans concession, ni compromission. Car, face à ce régime qui mène notre pays au précipice, hors de l’opposition radicale, point de salut. Et chaque citoyen ou citoyenne doit être conscient qu’en mettant son bulletin de vote dans l’urne, il engage gravement sa responsabilité devant l’Histoire. En effet, il ne s’agit de rien d’autre que d’un dilemme shakespearien : sauver le Sénégal de l’Apocalypse ou l’y précipiter. Tel est l’enjeu véritable de ces prochaines élections, qui sont loin d’être des élections comme les autres ».
Dans ce texte qui fait partie des bonnes feuilles que nous avons reçues, le Président Dia rappelle également l’engouement qu’a suscité l’alternance. Et Dia de constater : « Qu’elles étaient belles, ces promesses de l’Alternance ! Pour la première fois de son histoire post-coloniale, notre pays avait démocratiquement renvoyé un régime pour en appeler un autre, et la chose se déroula de manière élégante, nous valu l’admiration de la planète toute entière, et fit notre fierté.
Mais c’est alors que les choses commencèrent à se gâter ». Il souligne les accointances religieuses jugées douteuses de Wade, les convocations à la Division des Investigations criminelles (Dic), la justice instrumentalisée à outrance, les violences politiques. Autant de violences faites à notre démocratie. « Qui plus est, ce pouvoir-là n’a cure des souffrances au quotidien des populations, urbaines comme rurales.
Les sempiternelles coupures d’électricité, les constantes hausses des prix des produits et services de premières nécessités (pain, huile, sucre, gaz, charbon, électricité, eau…), les souffrances du peuple, en un mot, au quotidien ou par extraordinaire (naufrage du Joola, inondations, invasions acridiennes), sont considérées avec mépris… lorsqu’elles sont considérées, l’État et le Pds menant eux grand train » souligne Mamadou Dia. Et à ces problèmes s’ajoutent les scandales financiers répétitifs et « l’illusion des grands travaux » qui, selon Dia, ne cherche qu’à conforter un argument de campagne qu’il décrypte. Aussi affirme-t-il : « En dépit de tout cela, l’octogénaire Abdoulaye Wade – que son grand âge devait inciter à se retirer plutôt qu’à briguer un mandat présidentiel de cinq ans – et ses acolytes espèrent que les Sénégalaises et les Sénégalais leur accordent leurs suffrages le 25 février 2007. Le principal argument est « qu’il faut permettre au président Wade d’achever ses grands travaux ». Argument on ne peut plus spécieux, et pas seulement en raison de la situation désastreuse décrite précédemment, à laquelle Abdoulaye Wade et ses hommes ont mené le pays : au bord du gouffre. Qu’ils sachent, s’ils l’avaient oublié, qu’il existe le principe de la continuité de l’État, qui fait que, dans tous les pays du monde, et de tous temps, de grands projets sont initiés par des dirigeants et achevés et inaugurés par leurs successeurs. » Mamadou Dia dixit !

Pierre Birame DIOH