Dakar, 4 fév (APS) – A 80 ans, Me Abdoulaye Wade, investi par une soixantaine de partis politiques, est sans conteste le plus vieux candidat à l’élection présidentielle du 25 février.

Après avoir été le doyen de l’opposition sous le régime du président Abdou Diouf, Abdoulaye Wade a réussi à vaincre ce dernier lors de l’élection présidentielle de février- mars 2000, grâce au soutien au deuxième tour du scrutin de Moustapha Niasse, leader de l’Alliance des forces de progrès (AFP).

Le père de Wade était un commerçant, dont il n’a hérité, selon ses propres dires, que le tapis de prière. Sa mère était, quant à elle, originaire de Casamance. Très vite, le jeune Abdoulaye Wade se révèle doué pour les études. Après avoir obtenu en 1947 un diplôme d’instituteur de l’Ecole normale William Ponty, située à Sébitkotane (une trentaine de kilomètres de Dakar), il réussit deux ans plus tard le baccalauréat comme candidat libre.

Maître d’internat au lycée Va Vollenhoven (actuel Lamine Guèye), il obtient une bourse pour continuer ses études en France. Il entre au lycée Condorcet à Paris où il fait Mathématiques supérieures, de 1951 à 1952. Il choisit ensuite de poursuivre des études universitaires tout d’abord à Besançon, pour étudier la psychologie, la sociologie et le droit, puis à Dijon où il obtient en 1958 deux DES (sciences économiques et droit public) et enfin à Grenoble. Dans cette dernière ville, Wade décroche un CES de psychologie de la vie sociale et un doctorat de droit et de sciences économiques.

Parallèlement, Wade assume des responsabilités dans les mouvements d’étudiants, notamment à la section de Besançon de la Fédération des étudiants de l’Afrique noire en France (FEANF). Lorsqu’il rentre au Sénégal en 1960, il ouvre un cabinet d’avocat et donne des cours à la faculté de droit. Il est aussi tenté par l’action politique. Après un passage plutôt discret au Parti du regroupement africain (PRA), il rejoint l’Union progressiste sénégalaise (UPR) du président Léopold Sédar Senghor, l’ancêtre du PS.

Il milite à Saint-Louis, mais l’accueil froid qui est réservé à cet intellectuel de Dakar lui ôte toute illusion de jouer un quelconque rôle. Il retrouve alors son cabinet d’avocat et sa charge d’enseignant.

Sommé par les autorités de choisir entre l’Université et le Barreau, il quitte l’enseignement contre son gré et se consacre à des activités de consultant à la Banque africaine de développement (BAD) et à l’Organisation de l’unité africaine (OUA).

Après avoir rencontré Senghor en juillet 1974 au sommet de l’OUA à Mogadiscio, Wade annonce son intention de créer un  »parti de contribution ». Huit mois après, le récépissé qui reconnaît le Parti démocratique sénégalais (PDS) lui est délivré. Maître Wade soutient que s’il a appelé le PDS  »parti de contribution », c’était un stratagème pour se faire accepter par Senghor.

En 1976, dans le cadre d’une loi sur le tripartisme, Senghor oblige Wade à choisir entre deux étiquettes : marxiste-léniniste ou libéral. Wade voulait être travailliste, mais il deviendra libéral.

Candidat à l’élection présidentielle de 1978, le leader du PDS obtient 18 pour cent des voix. En 1983, il obtient un faible score, face à Abdou Diouf qui venait de succéder à Senghor. A l’occasion du scrutin présidentiel de 1988, Wade lance le slogan ‘’Sopi » (changement en wolof) et obtient un score de 25 pour cent des voix. Mais, suite à des manifestations pour contester le verdict, il est arrêté pour  »atteinte à la sûreté de l’Etat ».

En 1991, il participe à un  »gouvernement de majorité présidentielle élargie » avec trois autres responsables de son parti. Il est lui-même ministre d’Etat sans portefeuille.

Les scrutins de 1993 sont une nouvelle fois agitées. Les résultats officiels de la présidentielle accordent la victoire au président Diouf avec 58,4 pour cent des voix tandis que Wade en obtient 32 pour cent. Le leader du PDs refuse les résultats et se déclare président élu. Il est arrêté et emprisonné, puis libéré au bout de six mois.

En mars 1995, c’est le retour au gouvernement du leader du PDS et de quatre autres collaborateurs. Ce n’est que peu avant les législatives de mai 1998 que Wade démissionne en mars du gouvernement. Cette démission installe une crise interne au PDs avec le départ de Me Ousmane Ngom qui refuse de le suivre et crée le Parti libéral sénégalais (PLS) , non sans accuser son leader de  »dérives monarchiques ».

C’est à partir de Paris que Wade organise sa campagne pour l’élection présidentielle de 2000. Dans le même temps, il s’attache à consolider son réseau mouride, confrérie à la quelle il appartient.

Parmi les têtes de pont de son réseau mouride, on cite l’ancien député PDS Serigne Bara Mbacké, et l’avocat Madické Niang, nommé conseiller spécial à la présidence, puis ministre de l’Energie et des Mines.

Abdoulaye Wade a rencontré sa femme Viviane Vert lorsqu’il faisait ses études à Besançon. Le couple Wade a deux enfants : l’aîné Karim et sa sœur Syndiély.

Wade est l’auteur de plusieurs ouvrages dont ‘’L’économie de l’Ouest africain : Unité et croissance » (1964), ‘’Le libéralisme en Afrique noire : droits de l’homme et droits des peuples » (1984), ‘’Un destin pour l’Afrique » (1989).

Depuis son arrivée à la tête de l’Etat, il a reçu plusieurs distinctions et diplômes honoris causa dont le Prix Harriman pour la démocratie.

AD/CTN