Toute société qui prétend assurer aux hommes la liberté, doit commencer par leur garantir l’existence.

[Léon Blum]

En parcourant les messages adressés a la nation chaque 3 Avril de l’année, par le chef de l’Etat de 2000 a nos jours en 2008, nous avons l’impression que celui-ci est en déphasage total avec la réalité que vit son peuple. Précisément, il est tout a fait déconnecté de la réalité sociale de cette partie des Sénégalais qui ne gagnent leur vie qu’a la sueur de leur front.

Mais a cela, il n’y a vraiment rien d’étonnant pour un chef d’Etat qui se dit et qui est effectivement un informel et meme le premier d’entre eux. En effet, Me Wade est celui qui ne se presque jamais de ses promesses de la veille. En vérité, ce n’est pas un oubli de sa part, mais, c’est plutôt fait sciemment en direction de ceux d’entre nous qui se contentent ou se suffisent de simples promesses qui ne sont, la plupart du temps jamais suivies d’effet, surtout si c’est en faveur des populations pour la satisfaction de revendications sociales et économiques. Dans le domaine de promesses qui s’envolent avec le vent, Me Wade bat tous les records de chefs d’Etat qui ne tiennent pas leurs promesses. Triste record ! Dans le feu de l’action lors de sa prestation de serment en 2000, il déclarait ceci : <. Comme il n’y a de république que s’il y a des citoyens, cellule vivante, active, exigeante et consciente de la force collective de toute communauté de citoyens, le Sénégalais veut maintenant participer directement a l’édification de la société et a la distribution des pouvoirs. >. < C’est une véritable révolution qu’il conviendrait de méditer et dont il faudrait cerner la portée. > .< L’événement que nous vivons présentement signifie que le peuple sénégalais, avec les récentes élections présidentielles, a franchi un pas décisif qui n’autorise plus la gestion solitaire de la chose publique dans le secret d’un cabinet par des dirigeants qui n’auraient donc plus de compte a rendre. > .< Les sénégalais savent maintenant que ce sont eux qui font les présidents. Et qu’ils peuvent au besoin les défaire par la carte d’électeur. > ..< L’ere de l’exercice solitaire du pouvoir est terminée en Afrique. Commence la République des citoyens> Est-ce vraiment vous Monsieur le président de la république, qui avait prononcé ces paroles ?

Ceux d’entre nous, qui ne sont pas amnésiques ou qui n’ont pas vendu leur âme au diable donc qui, ont encore leur mémoire intacte, se souviennent bien comme si c’était hier, du contenu de ses nombreuses litanies qu’il nous tient a chacune de ses adresses a la nation. Puisqu’il n’est pas tenu et se garde toujours de nous faire le bilan de sa gestion, il nous étale a chaque fois dans ses discours, des promesses farfelues et d’une énormité qui frise le non sens, dont il ne tiendra pas évidemment.

Une fois solidement rivé au pouvoir, la tonalité du discours de 2000 de Me Wade, s’est aujourd’hui métamorphosée par rapport a la prestation de son serment et, les promesses de toutes sortes, sont larguées une a une en cours de route. Cependant, quand il s’agit de lui ou s’il veut satisfaire un de ses désirs ou besoins mondains, il n’hésite pas a l’exécuter meme par anticipation. Il ne se prive jamais de satisfaire ses reves les plus fous et ceux de sa famille, mais, il est toujours prompt et pret a priver a son peuple, l’essentiel de son existence, c’est-a-dire la nourriture, la santé, l’éducation, la liberté d’expression et de choix de ses dirigeants etc…

Tenez-vous bien ! En 8 ans, il a dépensé pres de 100 milliards de francs pour uniquement son avion de commandement, sans compter les infrastructures couteuses, mal exécutées et qui ne servent en réalité qu’a rehausser son prestige personnel et celui de son fils au détriment de la nation. Imaginez ce que cela aurait rapporté en bien, si cette somme était injectée dans l’agriculture pour sa modernisation, sans parler des 356 milliards de l’Anoci dilapidés pour des festivités mondaines qui auraient pu financer non seulement l’agriculture mais aussi, créer des routes et pistes de production pour permettre une meilleure communication entre les régions du pays et faciliter leur échange en produits agricoles, d’élevage et de peche.

L’état de l’agriculture sénégalaise sous Me Wade s’est dégradé dans des proportions jamais égalées dans histoire de notre pays. Aussi bien pour la production arachidiere que céréaliere de toutes sortes, les contre performances sont patentes et toujours tirées vers le bas. Entre les mesures pompeusement annoncées et tout a fait maquillées de toutes part et la réalité sur le terrain, il y a tout un océan. De meme, les sommes annoncées comme étant injectées dans l’agriculture, ne sont que de la pure propagande pour capter de l’électorat et tromper la vigilance des bailleurs de fonds -véritables complices des dictateurs africains qui bâillonnent et affament leur peuple- En effet, les institutions financieres internationales, les pays occidentaux, les monarchies arabes et autres, sont de connivence avec les régimes en place dans nos pays contre leurs peuples.

Avec Me Wade, chaque campagne agricole vient avec son programme spécieux allant du mais au manioc en passant par le bissap etc. Et chaque visite d’un pays émergent, fait naître des idées ou des intentions nouvelles qui chassent les précédentes chez lui. C’est pourquoi, il n’est pas faux de dire que Me Wade n’a pas d’idée qui lui est propre ni aucune conviction en quoi que ce soit. Il emprunte souvent ou plagie les idées des autres s’il ne tâtonne pas. Selon les mauvaises langues d’ailleurs, il ne serait pas l’auteur de ses ouvrages, mais celui de ses porte-plume, negres de service. Ce qui est fort plausible car, comment un chef d’Etat en exercice, surtout dans son cas lui qui habite presque dans les avions, ou trouverait-il le temps nécessaire pour se consacrer a l’écriture ? Enfin comme disait l’autre, Dieu seul sait. Ainsi, ce qu’il prône ou proclame fermement aujourd’hui peut etre remplacé demain par son contraire sans état d’âme. En vérité, rien ne le différencie d’un caméléon car, la transformation d’une chose en son contraire demain, est fonction de l’environnement embuant du moment dans lequel il baigne.

La gestion du pays depuis 8 ans démontre amplement a tout point de vue, que c’est bien du pilotage a vue. Point de Plan national de développement économique et social bien élaboré dans les regles de l’art et appliqué avec méthode et rigueur. Nous sommes tous témoins que le Trésor public est devenu un tiroir caisse pour le Président de la république et visiblement, il en dispose comme bon lui semble. La preuve, quand des lecteurs de coran sont grassement rétribués a coup de millions et par des billets de pelerinage a la Mecque par le trésor public, on se demande bien dans quelle république nous sommes. On remarque a l’oil nu une absence notoire de rationalité dans la gouvernance de Me wade. Ceci transparaît clairement dans le domaine foncier, qui n’échappe pas aussi a cette gestion calamiteuse, grosse de danger et qui pourrait engendrer demain, des litiges inextricables entre les ayant droit et les usurpateurs, qui usent de leur position dans l’appareil d’Etat, en utilisant la force de la loi pour exproprier les véritables propriétaires des terres.

N’avait-il pas dit ceci un 3 avril 2001 : < . une nouvelle Constitution qui participe de l’approfondissement de la Démocratie et qui a permis la satisfaction de trois revendications populaires : la dissolution du Sénat, du Conseil Economique et Social et de l’Assemblée nationale. >.. < . Bâtir un Sénégal nouveau signifie améliorer les conditions de vie des masses défavorisées, promouvoir une politique de santé tout a la fois préventive, curative, sociale et éducative, responsabiliser les femmes, redynamiser les secteurs productifs, assurer la maîtrise de l’eau, la lutte contre la désertification, l’autosuffisance alimentaire, asseoir un systeme éducatif novateur et performant, combattre la corruption et les détournements de deniers publics, avoir une justice indépendante, ouvrer sans cesse pour le rayonnement culturel et diplomatique de notre pays. > Avez-vous fait le point depuis lors Monsieur le président, si oui qu’en est-il?

Ce qui se déroule sous nos yeux en ce moment, divorce totalement et en est meme a mille lieux avec ce qui précede. La réalité, en 8 ans, Me Wade s’est attelé méthodiquement a monarchiser la république au lieu de la démocratiser. Il a confisqué tous les pouvoirs entre ses mains et vidé toutes nos institutions de leur contenu véritable. C’est cela le triste bilan de l’alternance.

L’autosuffisance alimentaire qui doit s’appuyer sur une agriculture forte, moderne et diversifiée est un gage de développement, d’indépendance mais aussi de souveraineté d’un peuple. Aujourd’hui, notre peuple se trouve confronté a un dilemme de la survie, par la faute de nos gouvernants imprévoyants, informels et incompétents, qui manquent de vision prospective et se soucient peu du danger imminent de famine qui guettait nos populations surtout du monde rural. Quelle honte ! Et pourtant, des voix expertes et autorisées avaient attiré depuis longtemps l’attention des autorités sur l’imminence de cette catastrophe qui nous guettait. Mais rien n’y fait, ils ont toujours nié cette éventualité et fanfaronné partout que tout allait tres bien dans leur Sénégal. Maintenant que la pénurie alimentaire et la famine ne font plus l’ombre d’un doute et meme se généralisent a travers le pays, ils sont contraints de se rendre a l’évidence et de le reconnaître. Mais au lieu de chercher des solutions idoines, ils ont le culot de réprimer sauvagement par une police inculte, ceux qui ont osé manifester leur désarroi. Vous avez appris sans doute avec étonnement, les mesurettes annoncées par le Gouvernement pour juguler les effets de la crise sur les populations a savoir, la baisse des taxes sur les salaires. Une preuve encore que Me Wade vit hors de son peuple sinon, il y vit que virtuellement. Mais qui sont les salariés au Sénégal et combien sont-ils ? Quel impact cette baisse peut avoir dans l’épineux probleme de survie qui concerne des millions de sénégalais ? Et dans tout cela, le train de vie de l’Etat ne subit aucune mesure de baisse mais au contraire, continue de plus belle, mais de qui se moque-t-on? Ou sont passées les mesures annoncées lors du discours du 31/12/07 ?

Cet autre engagement qui suit, n’aura pas non plus été suivi d’effet : <. j’ai décidé de soumettre au Parlement le vote d’une nouvelle Loi d’Orientation Agricole. Il s’agira pour nous de réaliser l’autosuffisance alimentaire par la diversification des cultures et la mise en place d’un systeme qui rendra notre agriculture moins vulnérable aux aléas climatiques. >

A l’heure ou nous parlons en 2008, notre pays est dans l’incapacité de produire une seule espece agricole céréaliere de grande envergure pouvant satisfaire nos besoins alimentaires ne serait-ce que pour couvrir un seul trimestre, malgré tout le tintamarre fait a travers les forums internationaux par ceux qui nous gouvernent pour vanter nos performances. Alors, a quoi ont servi tous ces programmes et loi d’Orientation agricole en fin de compte ? C’est le lieu de dire que la plupart de nos statistiques sont maquillées et préfabriquées dans le but d’arnaquer nos interlocuteurs partenaires au développement et de tromper notre peuple sur un pseudo développement ou croissance.

Cette année encore dans l’adresse du chef de l’Etat, nous avons noté un catalogue de promesses et de mesures qui sont plus de la littérature et des voux pieux qu’une solution a nos préoccupations majeures et immédiates. Vous aurez remarqué qu’au moment ou la famine étrangle le peuple sénégalais, Me Wade nous parle d’une autosuffisance en riz a l’horizon 2015. Face a la flambée des prix des denrées et services de premiere nécessité, les tenants du pouvoir nous opposent la montée du baril de pétrole en taisant hypocritement la baisse dans le meme temps du dollar, presque de moitié. En réalité, ce qu’ils devraient dire ou proclamer, avouer c’est leur impuissance et leur échec a la face du peuple sénégalais. Les mesures qu’ils viennent d’annoncer sont si ridicules et inopérantes face a l’ampleur de la crise, qu’ils devraient avoir honte de les présenter au peuple.

Logiquement, quand un pouvoir se déclare incapable et impuissant devant les problemes récurrents auxquels son peuple est confronté, il doit avoir le courage et l’honneteté de rendre le tablier, car sa mission consiste a régler les problemes et non a en faire un simple constat.

Mandiaye Gaye

Gaye_mandiaye@hotmail.com