La route Dakar – Saint-Louis a été officiellement inaugurée le samedi 7 janvier 1961 par Léopold Sédar Senghor, président de la République entouré de hautes personnalités politiques, administratives, militaires et religieuses du Sénégal.

Le cortège officiel, parti de Dakar le matin à 7h30, comprenait, outre le président de la République, les vices-présidents de l’Assemblée, les ministres,le premier président de la Cour Suprême, le haut représentant de la France, les ambassadeurs et chargés d’affaires, les personnalités religieuses, les présidents et directeurs d’entreprise. Au passage dans leur localité, les autorités administratives et territoriales s’étaient jointes au cortège.

Mamadou Dia, président du Conseil (équivalent du Premier ministre), légèrement indisposé, n’avait pu se rendre à sa Saint-Louis. Il en avait été de même pour Lamine Guèye, président de l’Assemblée nationale et M. Doudou Thiam, ministre des Affaires étrangères qui, retenu par d’autres obligations, s’était fait excusé.

À 9h du matin, une foule nombreuse applaudissant et chantant avait accueilli à Mékhé le cortège qui faisait ainsi son premier halte. M. Malick Diénoune Ndiaye, député-maire de cette ancienne capitale du Cayor, avait compris toute la signification de l’événement. Interprétant la pensée de ses mandants,il avait qualifié ce jour d’aube d’une nouvelle ère et de perspective de lendemains qui chantent car,à ses yeux, la route apportait un sang nouveau, une vigueur nouvelle à l’économie, (…) réveillait les villages de leur léthargie, créait sur toute sa longueur vie et animation.

À Kébémer, M. Ahmet Diop, député-maire, avait remercié le gouvernement dont la sollicitude pour le cercle de Kébémer avait permis des réalisations concrètes.

Le représentant du SIMÉTRA avait fait un exposé sur les méthodes et les techniques utilisées pour la réalisation de l’ouvrage.

Quant à M. Alioune Badara Mbengue, ministre des travaux publics, il avait souligné dans son allocution que les efforts entrepris par le Sénégal postulaient l’approbation de tous. Le président Senghor, dans sa réponse, avait fait appel à l’unité pour que l’avenir qui attendait le pays se réalisa dans la concorde et la paix des cœurs.

À Louga, une foule immense avait acclamé le cortège à son arrivée. Des enfants agitaient de petits drapeaux. Cet entousiasme sera d’ailleurs visible durant toute la traversée du Cayor. M. André Guillabert, député-maire, avait fait un exposé sur les travaux exécutés dans sa ville.

+Le Sénégal ne sera que ce que ses enfants en feront, une Nation ne s’édifie pas sans effort ni sans sacrifice+ devait à son tour déclarer le président la République qui avait exalté la volonté du peuple d’aller de l’avant et de réaliser la Nation sénégalaise. L’inauguration du camp de jeunesse avait été marquée par un discours de M. Alioune Tall, ministre de la Jeunesse et des Sports à qui le président Senghor avait répondu en affirmant que ces jeunes gens avaient de la chance de bénéficier de la sollicitude du gouvernement. C’était ensuite un méchoui qui avait été offert par le député-maire de la ville au centre d’apprentissage, méchoui servi sous des tentes très réussies et auxquelles avaient pris part des centaines de personnes accueillies aux rythmes de la fanfare et par une haie d’honneur.
Enfin c’était l’arrivée triomphale à Saint-Louis : des drapeaux, des banderoles, des milliers de personnes. M. Macodou Ndiaye, député-maire de la ville avait dit toute la joie ressentie par ses concitoyens en ce grand jour. Le président de la République s’adressant aux Saints-louisiens leur avait déclaré : aucune construction, surtout pas la construction nationale, ne pouvait se faire dans les querelles et les disputes. Il était temps, que par delà les différences de races, d’opinions, le Sénégal se retrouva uni dans la même ferveur communautaire tendue vers le même but. Ce but étant de faire notre vieux Sénégal, un État moderne avec une infrastructure solide et diversifiée, des cadres hautement qualifiés mais surtout une commune volonté de faire passer les intérêts du Sénégal avant tous autres intérets car l’Afrique de l’époque, avait encore dit le président Senghor, exigeait un Sénégal uni et fort qui se fasse écouter dans le concert des nations.

À 19h30 une réception avait eu lieu dans le Palais du gouverneur. Le député-maire et M. Daniel Kabou, gouverneur de la région du Fleuve, avaient présenté les invités au président de la République. Un buffet froid avait été servi à 20h30. Après ce diner, le président et les personnalités qui l’accompagnaient étaient retournés à Dakar.